ANTON ZGOBA - DU RISQUE À L’ŒUVRE - résidence d’artiste fictif


«Cette installation artistique n’est pas une exposition. C’est le public qui est exposé.»


Pour le Festival des Sciences de Chamonix, dont la thématique, du 16 au 19 mai 2007, était « le risque », j’ai simulé un artiste du risque, fictif : Anton Zgoba.


Voici le communiqué de presse officiel et des images.


































« La plus haute grenade de maintien de l'ordre du monde » - Aiguille du Midi, 3 777m, vendredi 18 mai 2007, 13h24 GMT+1




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ANTON ZGOBA - DU RISQUE À L’ŒUVRE - résidence d’artiste

communiqué de presse



« Les organisateurs du Festival des Sciences de Chamonix m’ont proposé d’effectuer une résidence de création dans le cadre de leur édition 2007, consacrée aux risques. J’ai accepté à deux conditions : pouvoir poser une bombe et pouvoir m’occuper des enfants.

Ils ont dit oui. »  

                                        Anton Zgoba



Jeune trublion de la scène artistique contemporaine internationale, Anton Zgoba développe une pratique fondée sur l’exploration du risque sous toutes ses formes. Ses interventions laissent difficilement indifférent, suscitant la fascination, l’effroi, voire la consternation. Depuis dix ans, Anton Zgoba s’amuse à brouiller les frontières entre l’artiste, le cascadeur et l’idiot. Il se plaît d’ailleurs à définir le début de son activité créatrice par son échec au concours d’entrée de l’Ecole des Beaux Arts de Vienne (Isère). Il avait alors pris le risque de ne rien préparer.



Biographie non exhaustive


1997


- Anton Zgoba réalise une installation pour relater ses tentatives de suicide, à Londres.


- Période pickpocket. Il vole des portefeuilles. Il les renvoie à leurs propriétaires avec un certificat d’œuvre et une facture du montant total des espèces qu’il y a trouvé. Quatre victimes portent plainte.


1998


- Pèlerinage à Tchernobyl. Pour protester contre la gestion opaque des conséquences de la catastrophe par les autorités russes, il manifeste nu aux abords de la centrale, simplement vêtu d’une feuille de vigne en plomb. 


1999


- Il fait financer par de riches mécènes une performance au Casino de Monte-Carlo. L’action consiste à jouer leur donation à la roulette.


- Il prend l’avion pour présenter à la Documenta de Kassel un film expérimental sur les catastrophes aériennes. Un concours de circonstance lui donne l’occasion de projeter le film en plein vol, à l’insu du personnel de bord. Deux passagers font une crise de panique, l’avion atterri d’urgence. Anton Zgoba est retenu une semaine par la police, la copie unique du film est saisie. Il rate la Documenta.


2000


- Il effectue une résidence de création en milieu hospitalier, se nourrissant comme les autres patients et ne quittant pas le lit. Il contracte une maladie nosocomiale. Il reste alors trois semaines de plus pour se soigner. Dans sa chambre, il expose prélèvements, diagnostics, clichés radiographiques. Il en profite pour animer des ateliers d’art plastique avec les enfants leucémiques du pavillon adjacent.


- Dans un hangar calfeutré de trois cent mètres carrés, il expose autant de ballons de baudruche noire, gonflés au monoxyde de carbone. Une boîte de fléchettes est à la disposition des visiteurs.


2001


- A partir de grains de maïs transgénique utilisé pour la fabrication du pop corn industriel, Anton Zgoba réalise une « bombe artisanale lente et retardée ». Dissimulée dans le four micro-onde d’un établissement de restauration rapide franchisé, elle explose peu à peu durant une nuit, détruisant l’appareil en douceur et submergeant la salle d’éclats de maïs.


2002


- Sur le modèle des cigarettes, Anton Zgoba met au point des inhalateurs individuels et à usage unique de risques industriels majeurs : amiante, dioxine, poussières radioactives, nanoparticules…


2003


- Période routière. Il organise des randonnées pédestres sur la bande d’arrêt d’urgence d’autoroutes allemandes. En Italie, il fait circuler de nuit un camion à semi-remorque équipé d’un projecteur de cinéma. Un écran remplace les portes arrières. Des films d’accidents de voitures y sont projetés, en roulant. En France, il réalise une série d’autoportraits au volant, en se faisant flasher par des radars.


2004


- Participation à la tournée européenne du cirque Pironnelo. Le numéro d’Anton Zgoba consiste à déconnecter le risque de son origine esthétique. Il tire simplement trois dés au centre de la piste. Si un triple trois sort, il saute sans protection d’un échafaudage de trois mètres. Il cesse la tournée après trois blessures graves.


2005


- Il contracte une assurance vie. Pendant un an, quiconque est invité à devenir l’un des bénéficiaires, à condition d’alimenter son compte. Anton Zgoba est victime de plusieurs accidents inexpliqués, jusqu’à ce que l’assurance soit résiliée.


2006


- Il met en vente son annulaire droit aux enchères, sur le site Ebay, pendant une semaine. Un acheteur se déclare pour deux millions d’euros mais finalement se rétracte. Anton Zgoba conserve son doigt.


- Il organise une « chasse à l’artiste ». Il se cache dans un terrain boisé de quelques hectares. Le public, équipé de carabines, est invité à le retrouver, et à lui tirer dessus. Les carabines sont secrètement modifiées pour exploser quand on les utilise.


2007


- Il monte la performance « risque zéro ». Le public, convaincu que rien ne va lui arriver, est fouillé au corps, désinfecté, et mis en isolement sensoriel total pendant une journée, dans un bunker protégé par une milice privée.


- Anton Zgoba détruit ses papiers, prenant le risque d’être reconduit à la frontière.





Résidence au Festival des sciences de Chamonix, note d’intention d’Anton Zgoba



« Les participants du Festival des Sciences vont se rencontrer pour discuter du risque, y réfléchir, en avoir une approche théorique.

Je propose une approche complémentaire : une relation sensible, engageant le corps, la présence physique sur les lieux de cette manifestation. Disons : une sorte d’approche pratique du risque.

L’autorisation préfectorale étant requise, j’ai cherché une réponse à la question : comment faire éprouver un risque physique aux visiteurs sans pour autant les exposer à un danger illégal ?


Je propose de travailler sur la surprise et le paradoxe, sur le paradoxe de la surprise attendue.

Je me suis inspiré de la valise de Roman Signer, artiste contemporain suisse. Cette valise contenait une petite charge sans danger et un détonateur aléatoire. Le public était averti de son explosion possible et imprévisible pendant la durée de son exposition.


L’objet principal de ma résidence, lors de cette édition du Festival des Sciences, est la mise en place d’une installation hasardeuse articulée autour d’une grenade de maintien de l’ordre. Engin conçu pour faire peur, mais pas (trop) mal, ce type de grenade explose sans souffle ni débris contendants. Sa violence est impalpable. Elle est sonore - la détonation vous assourdit pendant quelques minutes -  et surtout symbolique. La grenade renvoie au risque de violence policière face au risque de violence urbaine, elle évoque la réponse au risque par le risque, la sécurité qui peut si facilement devenir sécuritaire. C’est aussi un produit professionnel, fabriqué industriellement, selon des normes internationales, à des fins d’ordre public. Voilà à mon sens un outil efficace pour produire en toute sécurité du risque, petit paradoxe bien utile à la réflexion.


Réalité ou fiction, un risque est toujours un fait social. Un symptôme ou un instrument de contrôle.

Un explosif, même relativement inoffensif, fait peur, active l’imaginaire du risque. La possibilité voulue d’une explosion imprévisible, la perspective anxieuse de cette surprise attendue renforce le sentiment de risque. Le dispositif installé ici est conçu pour faire travailler les représentations du visiteur, l’invitant à s’interroger. Comment et pourquoi des risques peuvent-ils être construits de toutes pièces ? Comment d’autres, bien réels, peuvent-ils être oblitérés ?


La détonation de la grenade sera provoquée aléatoirement par un système informatique combinant hasard, variables environnementales (température au sommet de l’Aiguille du Midi, signal d’une webcam aux antipodes…) et facteurs humains (nombre de visiteurs, niveau sonore sur place, mouvements de l’opinion quand à la possibilité de l’explosion pendant la journée en cours…). Il s’agit ainsi d’évoquer la théorie du chaos (le battement d’ailes d’un papillon au Mexique qui provoque une tempête en Pologne), les prophéties auto-réalisantes, le rapport imaginaire au risque et son impact sur nos comportements, ou encore les processus de communication générant le risque ou au contraire le minorant.


Le système informatique délivrera un pourcentage de risque d’explosion festivalière, en temps réel, qui sera relayé par des bulletins d’information réguliers. Les nombres émis serviront également au tirage d’un loto du risque. Premier prix : une combinaison de protection contre la grippe aviaire.

Pendant tout le festival, je guiderai des visites de l’installation. Je distribuerai des kits de prévention des risques de déflagration. Je réaliserai aussi des portraits photographiques des visiteurs consentants, au plus près de la grenade, à mes côtés.


La grenade pourra donc exploser par surprise, à n’importe quel moment du festival.

Cette installation artistique n’est pas une exposition. C’est le public qui est exposé.


Et pour ce qui est des enfants, rendez-vous tous les jours entre 13h30 et 14H00, devant le Majestic.

J’y opérerai mon animation jeune public : Excursion risquée 1.3. J’emmènerai les participants de 10 à 17 ans en minibus pour une promenade pédagogique sur les hauteurs de Chamonix. Une collation préparée par mes soins sera servie, avant un atelier informel sur la chute des corps et l’origine des avalanches. »


Anton Zgoba, mai 2007


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